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2004, Jacques Pimpaneau

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2004, Jacques Pimpaneau (1934-2021)

 

« Introduction » à Jacques Pimpaneau, Anthologie de la littérature chinoise classique. Arles : Picquier, 2004, 953 p.

    • Extrait et examen du contenu de l'anthologie
    • Réédition Picquier Poche

 


 

Introduction

 

Composer une anthologie est un crime : c'est retenir des auteurs et en rejeter d'autres dans la géhenne de l'oubli, même s'ils ne sont pas sans intérêt ; et c'est mutiler des textes dont on ne choisit qu'un passage. Pourtant c'est dans de tels ouvrages qu'à l'école on s'initie à la littérature de son pays. Or, puisque quand il s'agit de la civilisation chinoise, on reste toute sa vie à l'école, il n'est peut-être pas inutile de proposer une telle anthologie à des lecteurs qui n'ont pas accès aux originaux et qui sont prisonniers des traductions disponibles, sans oublier les étudiants de chinois pas encore capables de lire couramment, et même les spécialistes de la Chine, car s'ils peuvent parler d'égal à égal avec un collègue chinois dans les limites de leur domaine, ils sont souvent gênés faute d'avoir cette culture générale que possède tout jeune Chinois en sortant du lycée. D'autre part, si les traductions de romans sont nombreuses, elles font totalement défaut dans d'autres domaines. Il n'existe par exemple pratiquement pas d'études sur la civilisation chinoise écrites par des Chinois, comme si celles des Occidentaux étaient seules valables. Les Chinois ont souvent, justement grâce aux traductions, une meilleure connaissance de la culture occidentale. J'ai rencontré en 1959 un guide au mont Emei qui m'a parlé de Madame Bovary, mais je ne crois pas qu'il y aurait un guide de Chamonix pour discuter de Li Bo et Du Fu avec un voyageur chinois. Le but de cet ouvrage est de remédier à cette lacune. […/…] 

 

Il eût été envisageable d'adopter un plan par genres ; un plan chronologique a été préféré, car il laisse apparaître une évolution, une histoire de la littérature, ce qui est d'autant plus important que la civilisation chinoise est souvent envisagée comme un monolithe. Ceci vient d'un manque de connaissances. […/…]

 

Dans ce cadre chronologique, il est important de donner un panorama général avec des proportions justes. La littérature chinoise, malgré l'idée que l'on pourrait s'en faire à partir des traductions disponibles, ne se réduit pas aux romans et à la poésie, et celle-ci ne se limite pas à l'anthologie scolaire des trois cents poèmes de l'époque Tang. […/…]

Certains s'étonneront que la littérature orale populaire, malgré sa richesse, ne soit représentée que par quelques chansons notées à l'époque par des lettrés. Il s'agit d'œuvres orales qui n'ont été recueillies assez largement qu'après 1'introduction de l'ethnologie au début du XXe siècle et de matériel pour enregistrer le son. N'est donc accessible que ce qui a survécu jusqu'aux temps modernes et dans la forme où ces œuvres existaient alors. Cette anthologie s'arrêtant à la fin du XVIIIe siècle, elles étaient hors du cadre adopté et je ne peux que renvoyer à Chine, littérature populaire, chanteurs, conteurs, bateleurs (Picquier, 1991), où le lecteur trouvera des traductions de cette littérature très attachante.

Outre le souci de donner à chaque genre sa place, pour éviter un trop grand crime, j'ai tenu à ce que les textes qui n'étaient pas trop longs figurent en entier, principalement quand il n'en existe pas d'autre traduction, comme par exemple de certaines pièces. Fournir des citations assez étendues pour donner vraiment une idée de l'œuvre m'a paru meilleur que le saupoudrage, quitte à braver la critique d'avoir omis tel ou tel auteur. Mais c'est offenser la mode : même les anthologies sont devenues trop fatigantes à lire et on préfère aujourd'hui les recueils de citations. […/…]

 

Cette anthologie s'arrête à la fin du XVIIIe siècle pour terminer sur un chef-d'œuvre, l'Histoire de la pierre, que les étrangers connaissent sous le titre de Rêve dans le pavillon rouge. C'est omettre quelques romans postérieurs pas inintéressants, comme le voyage dans des pays imaginaires de Fleurs dans un miroir (Jing hua yuan), le roman sur le milieu des jeunes acteurs jouant des rôles féminins à l'opéra de Pékin, Miroir des female impersonators (Pin hua baojian) et les nombreux ouvrages racontant la lutte d'un juge contre des bandits, dont Van Gulik a fait avec talent des « à la manière de ». À partir de la fin du XIX° siècle, les romans sociaux, écrits par des journalistes, inaugurent la littérature moderne, où l'influence occidentale va avoir une influence prépondérante, jusque dans la langue. Cette nouvelle littérature mérite une anthologie spéciale, mais j'en laisse le soin à des personnes bien plus qualifiées que moi.

 

J'aurais pu reprendre les traductions existantes pour les textes choisis ; ceci aurait permis de comparer les différentes façons de traduire et aurait satisfait ma paresse. J'y ai renoncé pour un problème pratique, en obtenir la permission ; mais j'ai voulu tirer un coup de chapeau aux premiers traducteurs qui ont dû d'abord faire tout un travail de recherche pour saisir le sens du texte, qui ne disposaient pas d'une traduction anglaise préexistante et qui ont été des pionniers remarquables. C'est pourquoi on retrouvera ici les noms de Prémare, de Stanislas Julien, du Marquis d'Hervey de Saint-Denys, d'Avenol. Parmi les traductions modernes, j'ai repris celle de Jacques Dars pour le roman Au bord de l'eau, car je le considère comme le traducteur français qui peut être mis sur le même rang que les grands traducteurs anglais, Arthur Waley et David Hawkes. […/…]

 

Le chinois a la particularité de posséder deux langues qui sont écrites avec les mêmes caractères. Il y a la langue parlée, qui a évolué au cours du temps - c'est pourquoi les anciens poèmes le plus souvent ne riment plus -, qui a subi des influences étrangères, notamment dans la vallée du Fleuve Jaune, occupée à plusieurs reprises par des populations venues d'Asie centrale et du Nord. C'est la langue de la littérature orale, du théâtre, au moins dans les parties parlées, genre d'ailleurs apparu assez tard en Chine, et aussi des romans populaires, car ceux-ci étaient à l'origine l'adaptation d'histoires que les conteurs narraient dans les maisons de thé et, en compagnie de chanteurs et bateleurs, dans les quartiers de distractions des grandes villes. C'est resté la langue des romans ; même après que leurs auteurs se sont dégagés des récits oraux et qu'ils ont créé des œuvres originales, ils en ont gardé le cadre et le ton.

 

L'autre langue n'a jamais servi qu'à l'écriture et elle a donc beaucoup moins changé au cours des âges. Elle était la langue des Classiques de l'antiquité […/…] jusqu'au début du XX° siècle, seuls les textes en langue écrite étaient considérés comme de la littérature. Théâtre et romans étaient des ouvrages de distraction aux yeux des lettrés, même si certains d'entre eux avaient un esprit assez original pour y déceler des chefs-d'œuvre qu'ils ont mis sur le même plan que les œuvres en chinois classique les plus célèbres. […/…] 

 

La plupart des auteurs étaient des lettrés fonctionnaires, des hommes qui avaient dû acquérir une connaissance parfaite des Classiques pour pouvoir se présenter aux examens impériaux ; la sécurité matérielle et la réputation dépendaient de la réussite à ces examens. […/…] Ceux qui avaient échoué au doctorat, si leur famille n'était pas assez riche, devaient se faire maître d'école, précepteur ou secrétaire d'un personnage puissant. Ce qu'on appelle la littérature populaire a souvent été l'œuvre de ces « ratés » ; marginalisés, ils se sont tournés vers des créations méprisées comme eux l'étaient et ils les ont reprises et adaptées. La vraie littérature populaire était alors uniquement orale et nous n'en possédons que ces versions écrites par des lettrés qui, même s'ils étaient fascinés par les productions populaires, n'ont pu se dégager entièrement de la mentalité de leur classe sociale. Par chance, nous sont parvenus quelques récits anciens de conteurs ; l'un d'eux raconte qu'un poète, Liu Yong, pendant qu'il était fonctionnaire avait soudoyé une brute pour qu'il viole une courtisane qui se refusait à lui, de façon à ensuite l'humilier et à l'amener à lui céder. Feng Menglong a repris cette histoire dans son recueil de récits populaires: la courtisane est violée sur l'ordre d'un sale type de classe inférieure et c'est le poète fonctionnaire qui la met sous sa sauvegarde. La pièce le Luth de Gaoming a été écrite parce qu'il existait une pièce populaire maintenant disparue sur le lettré Cai Yong des Han, où, pour épouser une princesse, il abandonnait sa femme et ses enfants et essayait de les faire assassiner pour étouffer le scandale. Ce phénomène est important si l'on veut employer le terme de littérature populaire à bon escient; mais il ne faudrait pas y voir une critique dirigée contre la seule littérature chinoise : la nôtre jusqu'au XXe siècle a été l'œuvre de nobles et de bourgeois et nous ne pouvons même pas nous vanter d'une littérature vraiment populaire aussi riche que celle de la Chine.

 

Cette anthologie se limite à la littérature et en ont été exclus les textes philosophiques, mais, derrière l'unité de la civilisation chinoise, outre une évolution constante, il s'est produit deux coupures capitales dans l'histoire de la pensée qui ont naturellement affecté la littérature. […/…] 

 

Les anthologies vieillissent. Elles correspondent au goût du jour et à des préoccupations du moment, mis à part la présence de certains auteurs incontournables. D'ailleurs, la définition d'un écrivain de génie est peut-être simplement qu'on ne peut jamais omettre son nom dans ce genre de compilation. Celle-ci n'échappera pas à l'usure temps, car certains textes ont été choisis parce qu'ils devraient provoquer une résonance chez un lecteur occidental d'aujourd’hui : vivant à l'époque des fanatismes de toutes sortes, il appréciera sans doute ces lettrés chinois agnostiques ; subissant la veulerie et les escroqueries des politiciens, il verra des amis proches dans ces écrivains préoccupés de morale politique. Quelqu'un, pour qui la philosophie commençait avec Platon et se terminait avec Hegel, a dit : « Il n'y a pas de philosophie chinoise ; la Chine nous a légué mieux : une sagesse. » Le but de cet ouvrage n'est pas tellement d'augmenter les connaissances du lecteur, mais de lui faire percevoir cette sagesse dans l'espoir - sait-on jamais! - qu'elle 1'aidera à mieux s'accommoder des aléas de l'existence (1).

 

1. Cette préface peut être brève, car l'histoire de la littérature chinoise (Chine, histoire de la litérature, Editions Picquier, 1989, nouvelle édition revue, 2004) que j'ai publiée voici quelques années est en fait une introduction à une telle anthologie.

 


 

    • Critiques générales : paternité des traductions pas toujours clairement indiquées ; choix/refus douteux d'utilisation de certaines traductions anciennes ; sources pour les traductions personnelles, jamais indiquées ; jugements parfois hasardeux et manque de précision dans certaines formulations pouvant amener les lecteurs à mal envisager la spécificité de certains textes et leur attribution. Pas de caractères chinois dans le texte.

 

La part consacrée au roman ancien en langue vulgaire (chapitre VI.2) correspond à plus ou moins 20 % de l'ensemble des 940 pages, si on prend en considération les extraits de trois bianwen ("La défaite des démons", pp. 519-523 ; "Histoire de Mulian", pp. 523-527 ; "Histoire de Wu Zixu", pp. 527-530). Elle est précédée d'une brève introduction  (pp. 789-791) :

 

"Textes en langue populaire : chansons, romans et théâtre"

 

Jusqu'au XVIIe siècle, les romans en langue populaire comportent des caractéristiques qui s'expliquent par leur origine: ils sont la reprise de récits oraux de conteurs. Sur ces conteurs, nous avons des renseignements assez précis à partir de la dynastie Song: à Kaifeng et à Hangzhou, les deux capitales successives de cette dynastie, il y avait des quartiers de plaisirs où se donnaient toutes sortes de spectacles et où se côtoyaient chanteurs de ballades, conteurs, bateleurs, acrobates, prestidigitateurs, lutteurs. Les conteurs étaient groupés en guildes, qui chacune avait sa spécialité: histoires courtes racontées en une seule séance ou longs récits à épisodes qui nécessitaient des semaines ou même des mois. IIs avaient aussi leurs spécialités suivant les thèmes : histoires bouddhiques tirées surtout des jataka, vies antérieures des Bouddhas, épisodes historiques de telle ou telle dynastie, aventures de brigands, enquêtes policières, exploits de guerriers, histoires courtes de monstres et de fantômes, histoires d'amour, vies de lettrés célèbres. Les conteurs puisaient aussi bien dans le folklore que dans la littérature en langue classique et dans les chroniques historiques. Au moins dès la dynastie Yuan, puisqu'on en a retrouvé des exemplaires, des éditeurs malins ont publié des versions abrégées et souvent illustrées de ces récits populaires oraux. Puis des lettrés, attirés par le succès de ces publications et par la liberté de ton qu'elles permettaient, les ont compilées et réécrites pour composer ce qu'on appelle des romans. Mais ils ont gardé la même répartition en thèmes: l'Histoire des Trois Royaumes est un roman historique, Au bord de l'eau relate des aventures de brigands, le Voyage en Occident une suite de rencontres avec des monstres. Ils ont aussi conservé des caractéristiques qui viennent de l'oralité : appels à des auditeurs, pourtant devenus des lecteurs, ou expressions comme « racontons maintenant... », « laissons là ce personnage et passons à un autre épisode » ; chaque chapitre se termine sur un moment pathétique dont on attend la suite, avec, à la fin, cette formule : « Si vous voulez savoir la suite, il vous faudra lire le chapitre suivant », comme pour amener le public à revenir le lendemain ; dans les récits racontés à l'origine en une seule fois, on trouve en introduction une courte histoire ou une chanson pour d'abord rassembler les auditeurs. Ces romans se présentent donc soit sous forme de recueils de récits courts, soit sous forme de très longs romans avec des scènes qui se répètent, même s'ils sont plus condensés que les récits oraux. Il faudra attendre le XVe siècle, avec le Jin Ping Mei, et plus tard avec Rêves dans une grande demeure, pour avoir des romans qui soient des créations originales d'un auteur et des romans psychologiques.

 

    • Shuihuzhuan : chapitres IV, XXIV, XXVI d'après la traduction de Jacques Dars, Au bord de l'eau (Pléiade, 1978)
      • "Extrait du chapitre IV", pp. 795-800 >> J. Dars (trad.), Au bord de l'eau (Gallimard, 1978), t. 
      • "Extrait du chapitre XXIV", pp. 800-805 >> J. Dars (trad.), Au bord de l'eau (Gallimard, 1978), t. 
      • "Extrait du chapitre XXVI", pp. 805-810 >> J. Dars (trad.), Au bord de l'eau (Gallimard, 1978), t. 

  

    • Sanguo yanyi : extraits tirés des chapitres I, XXXVII, XLIX, XL, L, XCV (traduction personnelle - à vérifier)
      • "Le serment du jardin des Pêchers" (extrait du chapitre I), pp. 811-812
      • "La troisième visite à la chaumière" (extrait du chapitre XXXVII), pp. 813-817
      • "La maladie de Zhou Yu" (extrait du chapitre XLIX), pp. 817-819
      • "La passe de Huarong" (extrait du chapitre L), pp. 819-822
      • "Le stratagème de la ville vide" (extrait du chapitre XCV), pp. 822-825  
        • Présentation (ext., p. 810) : "De la même façon que pour Au bord de l'eau, l'auteur transposa dans une version écrite une très longue histoire qu'il fallait des semaines pour narrer, d'où des longueurs à la lecture et de très nombreuses descriptions de combats. (La traduction en français publiée chez Flammarion occupe 7 volumes ! Un choix des principaux épisodes eût peut-être mieux convenu.)"   

 

    • Xiyouji : extraits des chapitres X, LIX, LX, LXI d'après la traduction de Louis Avenol (Seuil, 1957) comme signalé p. 827, où  JP indique à son lecteur que cette traduction "utilise l'ancienne transcription française des noms chinois" 
      • "Le châtiment d'un dragon" (extrait du chapitre X), pp. 826-831 >> L. Avenol (Seuil, 1957), pp. 520-523
      • "L'éventail en feuilles de bananier" (extraits des chapitres LIX, LX, LXI), pp. 832-843 >> L. Avenol (Seuil, 1957), pp. 536-540

 

    • Jin Ping Mei : extraits des chapitres VII, XIX, LXXIX dans une traduction personnelle
      • "Extrait du chapitre VII", pp. 845-846
      • "Extrait du chapitre XIX", pp. 846-851
      • "Extrait du chapitre LXXIX", pp. 851-852 

  

      • Présentation (pp. 843-845) : "Xiaoxiaosheng (Li Kaixian ?, 1502-1568) Jin Ping Mei. C'est le premier roman personnel qui ne soit pas la reprise de récits de conteurs. L'auteur a pris comme point de départ l'épisode d'Au bord de l' eau traduit plus haut, « La vengeance de Wu Song », et imaginé ce qui aurait pu arriver si Ximen Qing et Lotus d'Or avaient échappé aux châtiments. L'histoire est donc la vie de ce riche marchand et surtout de ses aventures féminines. Roman avec de nombreux passages érotiques, il circula d'abord sous forme manuscrite. Une première édition en parut avec une préface de 1617, puis une autre édition avec quelques passages différents vingt ou trente ans plus tard. A cause du côté immoral de ce livre, l'auteur s'est dissimulé sous ce nom de Xiaoxiaosheng, ce qui signifie le Rigolard. L'histoire est supposée se passer dans une ville de la province du Shandong, mais en fait se passe à Pékin et on peut même retrouver sur un plan de la capitale l'emplacement de la maison de Ximen Qing et les déplacements des personnages. La langue comprend des expressions du Shandong et de Pékin et le style du roman implique que l'auteur, outre sa familiarité avec ces deux parlers, avait un grand goût pour la littérature populaire. Tout ceci a permis au professeur Wu Xiaoling d'estimer que, derrière ce nom du Rigolard, se cachait Li Kaixian, originaire du Shandong, qui avait occupé des postes élevés à la capitale et qui a, par ailleurs, publié des œuvres de littérature populaire. Si l'érotisme ici tient plus du fantasme que du réalisme (mais la littérature érotique n'est-elle pas toujours par définition du domaine du fantasme ?), c'est aussi un merveilleux roman de mœurs. Ce livre fut traduit en anglais par Egerton (Golden Lotus, 4 vol., Routledge, Londres, 1939) ; il en existe aussi une traduction française par André Lévy dans la collection de la Pléiade, sous le tire de Fleur en Fiole d'Or. Le titre est en fait tiré du nom de trois des héroines : Jinlian, ce qui signifie Lotus d'Or, image pour les jolis petits pieds féminins, Ping'er, Vase, et Chunmei, Prunus du Printemps.

 

    • Lu Xixing (1520-1601 ?), L'investiture des dieux (Feng shen bang) : extraits des chapitres XII à XIV  (traduction personnelle)
      • "L'histoire de Nuozha"  "Extrait tiré des chapitres XII à XIV), pp. 854-867 

 

     NB. J. Pimpaneau insère ici une présentation de Tang Xianzu (1550-1616) et du Pavillon des pivoines (Mudan ting), avec une traduction de l'acte X, pp. 867-876, sans référence à une autre traduction. Traduction personnelle ?  Plus bas (pp. 911-912), il consacre une présentation à "Kong Shangren (1648-1718). L'éventail aux fleurs de pêchers (Taohua shan)" et traduit l'acte VII (pp. 912-918). Sur le théâtre des Yuan, voir pp. 538-708 (Chapitre V avec des extraits de zaju de Guan Hanging, Ji Junxiang, Bai Pu, Wang Shifu, Ma Zhiyuan, Li Qianfu)

 

     La section suivante, "Les recueils de récits courts" est introduite ainsi (p. 878-879) : 

 Outre les récits dont les conteurs racontaient un épisode chaque jour, et dont l'adaptation a donné les longs romans évoqués plus haut, il y avait des récits courts narrés en une seule séance. Au moins déjà sous les Yuan, sinon même un peu auparavant, des éditeurs-imprimeurs avaient eu l'idée d'en publier des versions destinées à la lecture sous forme de brochures, dont certaines comportaient une illustration en haut de chaque page, si bien que l'on peut dire que c'est la première forme des bandes dessinées, même s'il n'y avait pas de bulles, mais seulement le titre de la scène sur le côté et, à côté des personnages,leur nom à l'intérieur de la gravure. Feng Menglong (1574-1646), qui était un passionné de littérature populaire, qui publia des pièces de théâtre, des romans, des recueils de chansons, édita un premier recueil de quarante de ces récits courts adaptés de ceux des conteurs, dont, d'après sa préface, il aurait retrouvé toute une caisse de brochures. Devant le succès de l'ouvrage, intitulé Histoires courtes d'autrefois et d' aujourd'hui (Gu jin xiao shuo), il en publia deux autres semblables, Paroles pénétrantes pour secouer le monde (Jing shi tong yan) et Paroles permanentes pour réveiller le monde (Xing shi heng yan), puis il republia le premier volume en changeant le titre en Paroles édifiantes pour éclairer le monde (Yu shi ming yan) de façon à former une série. Ling Mengchu (1580-1644), qui appartenait à une famille de grands éditeurs de Suzhou, reprit l'idée et publia lui aussi deux recueils de quarante récits chacun, Première impression d' histoires étonnantes et Seconde impression d'histoires étonnantes, comprenant des histoires de conteurs, mais aussi des histoires tirées de la littérature en chinois classique qu'il adapta pour leur donner l'apparence de récits de conteurs en langue populaire. Les sujets de ces récits sont très variés, histoires de fantômes ou de monstres, histoires d'amour heureuses ou malheureuses, anecdotes sur la vie de lettrés dont la personnalité originale faisait rêver, histoires de cas judiciaires, sortes de romans policiers où le lecteur connaît le coupable, mais se demande comment il va finalement être découvert. A la fin du XVIIe siècle, de ces ensembles réunissant au total deux cents récits, fut publié un choix de quarante récits, Histoires extraordinaires d'aujourd'hui et d'hier (Jin gu qi guan), qui fut presque totalement traduit en français au XIX° siècle par le Marquis d'Hervey de Saint-Denys et dont il existe aussi une traduction par Lanselle dans la collection de la Pléiade. 

 

    • Feng Menlong, San Yan
      • extraits de S III, 9 et S I, 12 d'après ses propres traduction parues dans ses Biographies des regrets éternels (Picquier, 1989)
        • Présentation : "Le texte qui suit est un extrait du récit IX des Paroles permanentes pour réveiller le monde, dont la traduction complète se trouve dans Biographie des regrets éternels, biographies de Chinois illustres, traduction de J. Pimpaneau, Picquier poche n° 68." > (Picquier, 1989, pp. 55-83)
          • "Ivre, l'Exilé du Ciel, par une lettre effraie les barbares", pp. 879-889 >> Picquier, 1989, pp. 57-69
        • Présentation : "Le passage qui suit est en fait l'introduction de l'histoire sur le poète Liu Yong et concerne le poète Meng Haoran. En effet, les récits courts des conteurs comportaient d'abord une anecdote qui avait un rapport avec l'histoire principale (ici, il s'agit dans les deux cas de poètes célèbres) et qui avait sans doute pour fonction de rassembler le public avant d'entamer le véritable sujet. Cet extrait concerne le récit XII du recueil de Feng Menglong, Histoires courtes d'autrefois et d'aujourd hui, dont la traduction complète figure dans Biographie des regrets éternels, Picquier poche n° 68. (Picquier, 1989, pp. 117-138))
        • "Les courtisanes pleurent Liu Yong", pp. 889-891 >> Picquier, 1989, pp. 117-119  
      • extrait de S III, 3 d'après la traduction de Jacques Reclus (1976, réédition Picquier, 1990)
        • Présentation : "Cette jolie histoire d'amour entre un humble marchand d'huile et une courtisane de grande classe constitue le récit II de Paroles permanentes pour réveiller le monde de Feng Menglong. Cet extrait est tiré de la traduction de ce récit par Jacques Reclus (Paris, 1976, rééd. Philippe Picquier, 1990)." 
        • "Le vendeur d'huile qui conquiert Reine de Beauté", pp. 891-894 >> Picquier, 1990, pp. 38-44

 

    • Ling Mengchu, Pai'an qjingqi :
      • extrait de P II, 14, d'après D'Hervey de Saint-Denys (1892, réédition A. Pino, Bleu de Chine, 1999, pp. 39-76)
        • Présentation : "Ling Mengchu (1580-1644). L'extrait qui suit constitue lui aussi, comme pour les Courtisanes pleurent Liu Yong, le récit introductif à l'histoire policière proprement dite. Cette dernière constitue le récit XIV de Seconde impression dhistoires étonnantes. Ce passage est tiré de Six nouvelles nouvelles chinoises traduites pour la première fois par le Marquis d'Hervey de Saint-Denys (Paris, 1892, réimp., édition établie par Angel Pino, Bleu de Chine, Paris, 1999).
        • "Chantage", pp. 894-896 >> Bleu de Chine, 1999, pp. 39-41

 

    • Li Yu, extrait de Rouputuan 肉蒲團  d'après Klossowski/Pimpaneau ? (Pauvert, 1962), pp. 906-911
      • extrait 1 (pp. 906-909), tiré du chapitre III (Pauvert, 1962, pp. 45-49)
      • extrait 2 (pp. 909-911), tiré du chapitre XX (Pauvert, 1962, pp. 289-291)

 

        • Présentation (p. 897) : "Li Yu (1611-1679 ?). Li Yu (Li Liweng) est un écrivain étonnant. Tandis qu'il résidait à Nankin, il écrivit d'abord des pièces de théâtre (il nous en reste dix), dont la plus célèbre est le Couple de soles, et il avait formé une troupe avec laquelle il partait en tournée pour jouer chez des gens riches. Mais il dut abandonner faute de revenus suffisants et se fit ensuite éditeur à Hangzhou; c'est lui qui édita le Jardin grand comme une graine de moutarde, recueil de modèles pour les peintres qui continue à être réédité. Il est aussi l'auteur de recueils de nouvelles, Douze pavillons (Shi er lou) et Théâre silencieux (Wu sheng xi), de romans, dont le plus célèbre roman érotique chinois, le Tapis de prière en chair (Rouputuan), et de ce recueil de notes sur toutes sortes de sujets, allant de la cuisine et de l'ameublement au théâtre (une édition en est parue aux Editions Picquier en 2003, dans la traduction de Jacques Dars, sous le titre les Carnets secrets de Li Yu). Note : De Théâtre silencieux, cinq récits ont été traduits: Li Yu, A mari jaloux femme fidèle, traduction de P. Kaser, Picquier poche n° 95." 
        • NB. quatre extraits du Xianqing ouji sont fournis pages 897-901 dans une traduction personnelle, suivis par des extraits des actes XIV et XV du Biyumu  dans la traduction de Marie-Thérèse Brouillet, in thèse de doctorat inédite, Li Yu, théâtre et métathéâtre, Université Paris III, 1983-1984) 
        • "Le tapis de prière en chair (Rou putuan) (pp. 906-911) : Les extraits de ce roman érotique de Li Yu sont donnés dans la traduction de Pierre Klossowski, in Jeou-p'ou-t' ouan ou la Chair comme tapis de prière, Pauvert, 1962."
        • Note attaché au terme yangwu : "À l'époque où cette traduction fut publiée, certains mots crus comme « bite » entraînaient l'interdiction de vendre le livre aux mineurs, de l'exposer; il devait être gardé sous clé et vendu seulement sur demande précise, d'où, pour éviter la censure, l'idée de l'éditeur de remplacer les deux mots directs pour le sexe masculin et pour le sexe féminin par les caractères chinois correspondants, ici transcrits en pinyin." (pp. 906-907)

 

    • Wu Jingzi, extrait du Rulin waishi 儒林外史  (épisode de Fan Jin), pp. 919-923 >> extraits du chapitre III dans une traduction personnelle  
        • Dans sa présentation, J. Pimpaneau signale qu''il existe une traduction de ce livre : Wou King-tseu, Chroniques indiscrètes des mandarins, traduction de Tchang Fou-jouei, Connaissance de l'Orient, Gallimard, 1976, rééd. 1986". (p. 919) 

 

    • Cao Xueqin, extraits des chapitres XXIII, XCXVII de Honglou meng 紅樓夢 dans une traduction personnelle.
      • "L'enterrement des fleurs (extrait du chapitre XXIII)", pp. 925-928
      • "Lin Daiyu brûle ses poèmes  (extrait du chapitre XCXVII), pp. 928-936. 

 

        • Présentation (pp. 923-925) : "Cao Xueqin (1715-1763), L'Histoire de la pierre (Shitou ji) ou Rêves dans une grande demeure (Hong lou meng). Le titre de ce roman est d'habitude traduit par Rêves dans la chambre rouge ou Rive dans le pavillon rouge. Cette traduction mot à mot, qui ferait penser au Mystère de la chambre jaune, ne traduit pas l'idée chinoise : le mot lou, traduit par pavillon ou chambre, désigne un bâtiment à étages par opposition aux maisons ordinaires qui n'ont qu'un rez-de-chaussée et, avec l'adjectif rouge indiquant que les parties en bois, portes, poutres, montants des fenêtres, sont peintes de laque rouge, ce terme honglou a pris le sens de demeure imposante et donc de demeure de gens très riches. Mais les éditeurs préfèrent persister dans l'erreur sous le prétexte que ce livre est déjà connu sous ce titre mal traduit. C'est un roman en partie autobiographique dans le moule des anciens romans, mais dont le contenu n'a plus rien à voir avec les histoires de conteurs. II raconte la grandeur et décadence d'une grande maison, dont une des filles est concubine impériale. L'auteur, Cao Xueqin, appartenait à une famille dont un ancêtre dirigeait les manufactures de soie impériale de Nankin et avait reçu l'empereur chez lui, mais qui, ayant connu des revers, s'était ensuite installée à Pékin et, du temps de l'auteur, était tombée dans la gêne financière. Cao Xueqin a sans doute voulu à l'origine imiter le Jin Ping Mei, seul grand roman personnel avant le sien, et il aurait écrit une première version avec des passages érotiques en déplaçant le cadre pour le faire passer d'un milieu de riches marchands dans celui de hauts dignitaires vivant dans un luxe raffiné. Le personnage principal, Jia Baoyu, a son destin lié à une pierre de jade magique, d'où le titre donné par l'auteur, l'Histoire de la pierre. Jeune homme délicat, de santé physique et mentale fragile, il vit à l'abri de cette grande demeure et de son vaste parc,loin de tout souci pratique. Il tombe amoureux d'une cousine, Lin Daiyu, recueillie par leur grand-mère commune, qui est la matriarche de cette grande famille ; mais on décide de marier Baoyu à une autre cousine, Xue Baozhai, considérée comme une personne plus solide, et on lui cache l'identité de son épouse jusqu'au jour du mariage : sachant qu'il va se marier à une cousine, il croit jusqu'au dernier moment que c'est avec Daiyu. Celle-ci meurt de tuberculose le jour des noces en apprenant le mariage. A la fin, après avoir réussi aux examens impériaux, Baoyu disparaît et on comprend qu'il est parti dans un monastère. L'auteur n'avait achevé que les quatre-vingts premiers chapitres à sa mort ; les quarante derniers, laissés à l'état de brouillon, ont été révisés par Gao E. Le texte circula d'abord à l'état de manuscrit avant d'être publié en 1791 par Gao E sous ce titre de Rêves dans une grande demeure. Il en existe une traduction française de d'Hormon et Li Tche-houa (2 vol., La Pléiade, Gallimard, 1981), mais on ne saurait trop recommander la traduction anglaise, The Story of the Stone de David Hawkes, pour la partie entièrement écrite par Cao Xueqin, et de John Minford pour le dernier tiers révisé par Gao E (5 vol., Penguin Classics, Londres, 1973-1986).

  

  


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