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1925, Georges Soulié de Morant (redirected from 1925, George Soulié de Morant)

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1925, Georges Soulié de Morant (1878-1955),

 

  • « Introduction », La brise au clair de lune. "Le Deuxième livre de génie", traduit du chinois par Soulié de Morant. Paris : Librairie Grasset, Paris, 1925, 366 p.

 

En ligne : P. Palpant (ed.), “Les classiques des sciences sociales ” 

Réédition : Grasset, 2004

 


Introduction

 

Ce roman est à la fois l’un des plus anciens et l’un des plus célèbres de la Chine. Tous les lettrés assurent qu’il fut écrit sous la dynastie Yuann (1277-1348). Mais un passage (au début du chap. XVII) mentionne un Bureau d’astronomie sous le titre de Tsrinn tiènn Tsiènn qu’il reçut pour la première fois sous les Ming (1348-1662). Le roman aurait donc été remanié vers la fin du XIVe siècle.

 

Malgré son antiquité, le style est celui de nos jours. Les mœurs et les idées sont ce qu’elles étaient jusqu’à ce que la Révolution de 1911 vînt tout bouleverser.

 

Rappelons qu’en dehors des romans grecs, la première œuvre européenne d’observation et d’imagination, qualifiée de roman, est l’Astrée que H. d’Urfé publia en 1610.

 

L’auteur est connu seulement par le pseudonyme de Ming-tsiao tchong-jenn qui signifie littéralement « l’intermédiaire de la Doctrine Célèbre » ; et aussi, par une allusion connue, « le fils non titré d’un prince ». On ignore tout de lui. Aucune autre œuvre n’est signée du même pseudonyme.

 

Ce fait n’est pas isolé. Les œuvres autonymes sont rares en Chine. C’est que les Chinois, pourtant passionnés antiquaires, se sont rarement intéressés, dans une œuvre littéraire, à ce qui n’était pas l’œuvre elle-même. Peu leur importe l’auteur : beaucoup d’ouvrages ne sont même pas signés. Peu leur importe l’époque : le nom de la dynastie ré­gnante leur suffit.

Les belles-lettres, là-bas, doivent briller par elles-mêmes d’une splendeur éternelle, sans s’aider de ce respect que le passé toujours inspire, sans s’orner faussement de la gloire acquise par l’auteur lui-même. La vraie beauté, ainsi, se dégage, et n’en­traîne rien avec elle. Les œuvres médiocres tombent et disparaissent. Ajoutons que, jusqu’en 1914, il n’y avait ni droits d’auteur ni droits d’éditeur.

*

 En plus de son titre : Fong-yue tchoann « Traditions de la brise au clair de lune », formule poétique qui veut dire « Une histoire d’amour », ce roman est encore connu sous les titres de :

 

Rao tsiou tchoann « traditions d’un couple parfait » ;

et de :

Ti erl tsi-aé dze chou « Le Deuxième Livre de génie », dans la célèbre collection des meilleurs romans et pièces de théâtre commencée dès 1644 par l’éditeur lettré Tsinn Cheng-trann qui fut décapité en 1662, à l’âge de 35 ans, pour la véhémence de ses opinions. Ces tsi-aé dze chou« Livres de génie » sont maintenant au nombre de dix.

 

Il y a bientôt deux siècles, des adaptations plus ou moins lointaines avaient été faites de ce roman.

 

Vers 1750, en effet, Sir Thomas Percy, évêque de Dromore, découvrit à Canton un ancien manuscrit portugais donnant une traduction libre de la qua­trième partie de l’ouvrage. Il la traduisit en anglais, demandant à un Ecossais, Wilkinson, qui résidait alors à Canton, de lui donner un aperçu des trois premières parties. Le tout fut publié à Londres, en 1761, sous le titre : « The pleasing union ».

 

Cette version libre fut traduite en allemand par de Murr, et publiée à Leipzig en 1766 sous le titre « Hau Kiou choan ».

Un inconnu la traduisit de l’allemand en français, et la publia, sous le même titre, la même année 1766, à Lyon.

 

Une refonte de style fut faite en anglais par Davis, en 1829 et publiée à Londres comme « The Fortunate Union » (2 vol.).

 

Cette seconde version fut traduite de l’anglais en français par Gaillard d’Arcy et publiée à Paris en 1842 sous le titre « Hao Khieou Tchouan, ou la Femme accomplie ».

*

 

Ma traduction est donc la première faite directement du chinois en français, avec tous les poèmes.

 

Les illustrations sont reproduites de celles que dessina au XVIsiècle Ts’iou Yng (Che-tcheou), le plus célèbre peintre de la dynastie Ming.

 

J’ai dû cependant couper, çà et là, des répétitions de mots et de phrases, et quelques longueurs, nécessaires en chinois, mais lassantes en français.

 


  


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