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1815, Jules de Klaproth

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1815. Jules de Klaproth (1783-1835)

 

  • « Sur l’utilité du mandchou », Lettres sur la littérature mandchou, traduites du russe de Afanasii Larionowitch Leontiew.
    • Paris : Imprimerie de Fain, 1815, pp. 1-4
      • Pour l'attribution à Jules de Klaproth et non à Afanasii Larionowitch Leontiew, voir ci-dessous. 

 


 

Sur l’utilité du mandchou

 

J’ai appris avec beaucoup de plaisir que vous voulez joindre l’étude du mandchou à celle du chinois. Comme la Chine est actuellement sous la domination des Mandchoux, il est évident que la connaissance de la langue de ce peuple ne saurait être que très utile à ceux qui s’occupent de la littérature chinoise. Mais il ne faut pas s’exagérer les avantages de cette étude, en admettant comme incontestable tout ce qu’on a avancé e, Europe sur l’utilité et sur le peu de difficultés que présente cette langue. C’est le Père Amiot, et après lui M. Langlès, qui ont exalté la régularité du mandchou, en l’levant beaucoup au-dessus du chinois. Rien n’est plus faux et plus ridicule que le passage suivant du premier, que le second a répété en plus de vingt endroits différents : « La connaissance de cette langue ouvrirait une libre entrée dans la littérature chinoise de tous les siècles. Il n’est aucun bon livre chinois qui n’ait été traduit par de savantes académies, par ordre et sous les auspices des souverains depuis Chun-tché jusqu’à Kien-long ; elles ont été revues et corrigées par d’autres académies, non moins instruites, dont les membres savaient parfaitement et la langue chinois et ma langue des Mantchoux. Quelles différence entre de pareilles traductions et les traductions faites par des étrangers, qui ne sauraient avoir que des connaissances bien imparfaites de la langue sur laquelle ils s’exercent ! Pour moi, Savoie que si je n’avais su que mon chinois, je n’aurais pu me tirer d’affaire dans ce que j’avais entrepris. La langue mandchou est dans le goût de nos langues d’Europe ; elle a sa méthode et ses règles ; en un mot, on y voit clair. Je pourrais envoyer d’ici et une grammaire et des dictionnaires qui mettraient à portée de l’apprendre, et qui en faciliteraient l’intelligence. Du reste, cinq ou six années d’étude suffiraient à un homme appliqué pour se mettre en état de lire avec profit tous les livres écrits en mandchou. » (Voyez Éloge de la ville de Moukden, traduit du chinois par le P. Amiot. Paris, 1770, in-8e. Préface, pag. VI.)

Les principales assertions de ce fameux passage sont totalement dénuées de fondement. Comme le P. Amiot a-t-il pu assurer qu’il n’y avait aucun bon livre chinois qui ne fût traduit en mandchou ?  et comment serait-il possible de débrouiller, à l’aide du mandchou seul, la littérature chinoise de tous les siècles ? — Des cinq King ou livres classiques des chinoise, il n’y a que le Y-king, le Chou-king et le Chi-king dont la version mandchou soit imprimée ; celle du Tchun-tsieou de Confucius n’existe qu’en manuscrit, et le Li-ki, ou livre des rites, ne paraît pas avoir été traduit du tout. Des autres livres anciens qu’on croit avoir été écrits sous la dynastie Tcheou, il n’y a presque que les quatre livres de Confucius et de Mong-tsé qui aient été traduits ; le Tao-te-king, le Tcheou-ly, le Y-li, les œuvres de Tchouan-tse, de Hoaï-nan-tse, et généralement celles de tous les anciens auteurs qu’on appelle Tse, n’existent pas en tartare. En fait de livres historiques, il n’y a que le Toung-kien-kang-mou, le Kang-kien, les histoires des dynasties Leao, Lin et Yuan, l’histoire de l’origine et du progrès des huit bannières de la nation mandchou, celle de l’expédition de Khang-hi contre le Galdan des Olet, et en général ce qui concerne les exploits de la dynastie régnante, qui aient été publiés en mandchou. Ni le Sse-ki de Sse-ma-tsien,  ni aucune autre partie des grandes annales de la Chine, connues sous le nom des vingt-un historiens, n’existent dans cette langue. Il n’y a pas non plus de traductions de la géographie des Ming, ni de celle des Tai-tsing, ou de la Chine sous les Mandchoux, et je ne connais qu’un petit abrégé de géographie en tartare, encore n’a-t-il pas été imprimé. Excepté quelque livres traduits des langues européennes par les missionnaires, il n’y a rien en mandchou sur l’histoire naturelle et sur la médecine. Tous les autres livres tartares imprimés à Péking traitent des lois, des usages et des cérémonies de la dynastie Taitsing. Joignez à cela quelque livres philosophiques, quelques pièces d’éloquence anciennes et modernes, et les romans les plus répandus, et vous aurez à peu pr!s la totalité des richesses de cette littérature ; riches à la vérité assez considérables, mais cependant insuffisantes pour ouvrir un libre accès à la littérature chinoise, d’autant plus qu’il n’y a pas même un dictionnaire chinois expliqué en tartare ; car le grand miroir de la langue mandchou et chinoise ne peut être compté, puisqu’il a été fait principalement pour le mandchou et disposé par ordre des matières, de sorte qu’il est très difficile d’y trouver un mot chinois quand on n’en sait pas d’avance la signification.

 


  • L’ouvrage s’ouvre sur deux pages non paginée portant les indications suivantes : 
    •  a. Grande exécution d’automne/Desine fats divûm flecti sperare pregando/ N° II, Langlès/Moukden, Vingtième année Saitchounga Fengchen, neuvième lune, jour malheureux.
    •  b. En Chine, les grands criminels sont exécutés immédiatement après leur jugement. Les coupables ordinaires sont réservés jusqu’à la grande exécution d’automne, qui a lieu à un jour fixe de cette saison.
  •  Elles sont suivi d’une dédicace paginée I-III : 
    •  Dédiées à Monsieur le Docteur Antonio Montucci de Siena.  
    •  « La publication des critiques qu’elles contiennent ne peut être que très-utile à tous ceux qui voudront se livrer à l’étude du mandchou. […/…] » (p. I)
    •  Par Jules de Klaproth/Paris, Bibliothèque royale, août 1815 (p. III)
  • Louis-Mathieu Langlès (1763-1824) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Mathieu_Langl%C3%A8s
  • Pour l'attribution de ce texte et de l'ensembles des lettres "traduites" à Klaproth, voir Mark C. Elliott , « Abel-Rémusat, la langue mandchoue et la sinologie », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 158e année, N. 2, 2014. pp. 973-993, note 15, p. 979 : « Lettres sur la littérature mandchou [sic], traduites du russe de M. Afanasii Larionowitch Leontiew, Paris, 1815. Le « traducteur » est Jules Klaproth, qui s’adressait à Antonio Montucci (1769-1829), un savant célèbre de Sienne. L’identité de Leontiew est embarrassante, parce que personne de ce nom n’est nommé dans les histoires de la sinologie russe. Considérant le fait que Klaproth a passé beaucoup de temps à Saint-Pétersbourg comme membre étranger de l’Académie des sciences, il est certain qu’il aurait été connu des deux orientalistes russes les plus connus du XVIIIe siècle, c’est-à-dire Illarion Kalinovich Rossokhin (1717-1761) et Alexei Leontevich Leontiev (1716-1786), qui ont fait la plus grande partie de leurs carrières à l’Académie et qui tous deux étaient déjà morts plusieurs décennies avant la parution du travail de Langlès. On peut deviner alors que le véritable auteur de cette œuvre – qui comprend des corrections détaillées et exhaustives de plusieurs fautes de Langlès – est Klaproth lui-même. » 

 


 

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